Vil & Misérable – Une belle idée coincée dans l’enfer du “raté”

Et si votre collègue était un démon blasé, coincé entre les rayons d’une vieille librairie montréalaise ?
C’est l’idée centrale de Vil & Misérable, une comédie absurde adaptée de la bande dessinée de Samuel Cantin et réalisée par Jean-François Leblanc, sortie en 2024. Si le film offre une direction artistique soignée et quelques bons moments, il est plombé par un jeu d’acteurs inégal, des choix esthétiques discutables et une adaptation qui, malgré de bonnes intentions, reste trop en surface.

Photo des acteurs au  Festival Cinemania , 13 novembre à la soirée Crave Vil & Misérable. Source bpartsmedia

Jeu d’acteurs : le démon manque d’âme

Fabien Cloutier, dans le rôle principal de Lucien Vil, livre une performance qui manque cruellement de nuance. Son démon misanthrope semble figé, presque mécanique. Pier-Luc Funk, censé incarner l’enthousiasme maladroit de Daniel, force tellement le jeu qu’il devient caricatural. Mais la vraie surprise vient du psy, un rôle secondaire brillamment interprété par Alexis Martin: juste, drôle, subtil. Il vole littéralement la vedette à chaque apparition.

Alexis Martin,  dans le rôle Stéfano, le psy, dans le film Vil & Misérable. 

Plus gênant encore : les figurantes russes dans la scène du port, censées apporter un ton décalé. Leurs interventions sont surjouées, sans naturel, et brisent le rythme du film. Leurs répliques tombent à plat, et leur présence finit par faire décrocher le récit.

Des costumes trop bon enfant

Photographie capturée lors du visionnement du film, illustrant une scène clé avec les deux acteurs principaux. Source : Kevin Dagan

Le démon Lucien aurait pu avoir une allure mémorable, mais son costume manque cruellement de caractère. Ni inquiétant, ni franchement drôle, il donne l’impression d’avoir été improvisé(Limite théatre). Ce choix affaiblit d’autant plus le personnage, qui perd en crédibilité et en impact visuel. Dommage, car le contraste entre le fantastique et le banal était justement une force du scénario.

Une mise en scène visuellement réussie

Heureusement, Jean-François Leblanc soigne sa réalisation. Les décors surtout la librairie sont immersifs, pleins de détails qui nourrissent l’univers. La lumière est utilisée avec intelligence, jouant sur les contrastes entre le cynisme du démon et l’enthousiasme du monde extérieur. L’ensemble crée une ambiance décalée qui colle bien à l’esprit de la BD originale.

Samuel Cantin , créateur de la bande dessinée, source Lapresse.ca

Un rythme irrégulier et long

L’histoire prend son temps, mais parfois trop. Certaines scènes traînent inutilement (1h 55mn c’est assez long), et l’humour, souvent absurde, ne fait pas toujours mouche. Le film aurait gagné à être resserré, notamment dans les moments où le ton hésite entre comédie et introspection.

Un synopsis prometteur, mais un sentiment d’inachevé

Vil & Misérable partait avec une belle promesse : celle de mêler absurde, fantastique et tendresse dans un récit singulier. Visuellement, le film tient la route et on sent l’idée de rester fidèle à l’origine. Mais entre un jeu d’acteurs principal décevant, des costumes fades et des personnages secondaires peu convaincants, l’œuvre perd de sa force. Heureusement, quelques éclairs comme la performance du psy ou la direction artistique soignée permettent d’éviter le naufrage complet. Ce n’est pas un film qu’on déteste, mais un film dont on sort en se disant : il aurait pu être tellement plus fort. Je partirai pour une note globale de 4/10.

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