On rêve tous un jour d’avoir notre chez-soi, notre première maison signe de notre liberté totale. Mais a-t-on imaginé que ce rêve pourrait devenir un cauchemar ? Dans la pièce Crawlspace : Une vraie de vraie histoire d’horreur immobilière, la dramaturge Karen Hines raconte sa propre mésaventure immobilière dans la ville de Toronto. La version originale en anglais a été présentée à guichets fermés à travers le Canada. Adaptée par Mishka Lavigne et mettant en avant Karine Ricard, directrice artistique du Toronto French Theatre.
Une actrice seule… et totalement habitée

Sur scène, une seule actrice, Karine Ricard, et son assistance, Karen. Et pourtant, on a l’impression d’en voir plusieurs. Karine incarne avec finesse le personnage de Karen Hines. Son jeu est tellement bien fait qu’on aurait cru qu’elle a vécu personnellement l’histoire : chaque geste, chaque changement de ton est maîtrisé. Elle parvient à faire rire même quand l’histoire enchaîne les déboires. Ce mélange de légèreté et de tension crée une proximité immédiate avec le public. On se met automatiquement à sa place à travers ses doutes, ses espoirs, ses découragements.
Une mise en scène épurée, mais puissante
La mise en scène choisit la sobriété et l’épurement. Pas de grands effets spectaculaires, pas de décors surréalistes. Et c’est justement ce qui fonctionne. Le décor minimaliste laisse toute la place au texte et à l’interprétation. Les accessoires sont simples mais bien choisis, comme la fameuse boule de rotin qui symbolise à merveille le marketing fourbe des maisons à vendre. Chaque élément a un sens. On sent que rien n’est laissé au hasard, tout est au service de l’histoire.
Un rythme soutenu, une tension bien agrémentée
La pièce ne connaît aucun temps mort. Grâce à une narration bien rythmée, l’histoire nous tient constamment en haleine. Les moments comiques s’enchaînent avec fluidité, mais la tension monte subtilement à mesure que l’histoire prend de l’ampleur. On rit souvent, mais avec un léger malaise : derrière l’humour, il y a la vraie douleur d’une femme brisée par un système opaque et sans pitié. La justesse du ton, entre comédie et drame, est parfaitement dosée.
Lumières, son, ambiance : une immersion réussie

La lumière joue un rôle discret mais essentiel. Elle accompagne les transitions, met en valeur certaines émotions, ou isole le personnage dans ses pensées. Le bruitage sonore est également très soigné : quelques effets bien placés permettent de recréer l’ambiance d’un chantier, le silence d’une maison vide, ou le stress d’un appel téléphonique. Tout est fait pour qu’on ressente ce que vit le personnage, sans alourdir la mise en scène.
Une écriture tranchante et des personnages bien retranscrits.
Le texte de Karen Hines est un mélange d’humour noir et de vérité crue sur ce qui se passe dans le milieu de l’immobilier à Toronto. Le narratif est fluide et bien relaté. L’histoire accroche, même si parfois elle semble être fictive, elle est toujours crédible. Les personnages secondaires sont évoqués par la narration, mais prennent vie grâce à la performance de l’actrice. On comprend les enjeux, les rapports de pouvoir, les manipulations. C’est une véritable critique sociale, cachée sous les habits d’une comédie noire.
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