La pièce de théâtre Crawlspace: une vraie de vraie histoire d’horreur immobilière, présentée à la Nouvelle Scène ce week-end, frappe fort avec son humour noir, sa tension croissante et son absurdité. Écrite par la dramaturge Karen Hines et traduite par Mishka Lavigne, elle nous plonge dans l’histoire rocambolesque d’une maison cauchemardesque. Une performance du personnage principal marquante, l’œuvre autant drôle que dramatique fait rire tout en semant un malaise à certains moments chez les spectateurs.
Bien fait, mais avec des bémols
La structure de la pièce surprend dès le début. Construite autour d’une chronologie générale, elle se permet des sauts dans le temps, ce qui apporte un rythme vivant, mais parfois déroutant. Cette narration éclatée donne une certaine liberté à la mise en scène et contribue à la sensation de spirale infernale dans laquelle Karine, le personnage principal, est entraînée. Le rythme rapide, parfois presque trop, laisse peu de répit : les événements s’enchaînent avec une urgence qui reflète le désespoir croissant de Karine. Quelques moments plus lents, savamment placés, viennent prolonger le malaise ou souligner une blague, créant un contraste efficace.
Des thèmes prient avec ironie
La pièce explore plusieurs thèmes universels : l’immobilier, bien sûr, mais aussi le coût de la vie, la précarité des artistes, les désillusions de l’âge adulte et même la sexualité. Ces sujets sont abordés sans détour, souvent avec ironie, mais sans véritable nouveauté dans le point de vue. L’originalité réside davantage dans le ton décalé qui donne un souffle nouveau à cette énième histoire de rêve immobilier qui tourne au cauchemar.

Karine Ricard surprend
Le contexte biographique joue un rôle important. L’expérience personnelle de l’auteur paraît, notamment lorsqu’elle évoque la crise des scénaristes, qui aggrave ses problèmes financiers. Cette dimension autobiographique renforce l’authenticité du récit. Ce que la comédienne Karine Ricard transmet dans son jeu avec brio. Elle incarne le personnage avec une intensité qui augmente, reflétant l’escalade dramatique de la pièce. Son jeu nuancé et émotif donne l’impression qu’elle a réellement vécu cette histoire. Elle maîtrise bien les transitions de ton en passant de l’explication factuelle au commentaire ironique sans casser le rythme.
Décor minimaliste et beaucoup de vodka
Sur le plan visuel, le décor épuré met le personnage principal au centre de l’attention. Les deux écrans manipulés en direct par l’assistante offrent une dimension multimédia intéressante, bien que parfois en décalage avec le texte. La construction du personnage principal est remarquable. On suit son évolution, d’une autrice enthousiaste, propriétaire novice, à une femme complètement dépassée par sa réalité. Cet effondrement constitue l’axe fort de la pièce. Le prologue interactif où Meilie Ng offre vodka ou eau au public annonce déjà la folie douce à venir, préfigurant la consommation excessive du personnage principal tout au long du spectacle.

En conclusion, Crawlspace est une œuvre intense, drôle et troublante, qui ne laisse personne indifférent. Son jeu d’acteurs convaincant et son humour corrosif en font une pièce à la fois divertissante et critique. Si elle n’apporte pas une réflexion fondamentalement nouvelle sur l’enfer immobilier, elle le raconte avec une originalité scénique.
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