Crawlspace : Quand l’immobilier devient un terrain de terreur

Et si acheter une maison devenait le pire des pièges ? Dans Crawlspace : une vraie de vraie histoire d’horreur immobilière, une femme souriante malgré ses déboires, nous raconte comment son rêve de propriété s’est transformé en un véritable cauchemar. Entre ironie mordante et absurdité du système, cette pièce dévoile l’horreur d’un achat immobilier où tout peut basculer… et où le rêve d’avoir un chez – soi finit par coûter bien plus que prévu.

C’est d’abord la performance de Karine Ricard qui marque dans Crawlspace, produite par le Théâtre français de Toronto, avant d’être présentée à La Nouvelle scène Gilles Desjardins à Ottawa. Seule sur scène ou presque, elle incarne une femme au bord du gouffre, racontant avec un sourire nerveux et un humour désarmant comment son rêve d’accéder à la propriété l’a menée à la ruine. Face au public, elle confesse, digresse, revit sous la surveillance discrète mais constante de son avocate, interprétée par Meillie Ng.

La pièce, écrite par la dramaturge Karen Hines et traduite par Mishka Lavigne, est une comédie noire inspirée de l’expérience personnelle de l’autrice, qui a vécu une série de mésaventures après l’achat d’une maison, transformant son récit en une satire acerbe du marché immobilier

Tout commence par une annonce immobilière : une maison de rêve, modeste mais parfaite avec cette phrase magique et trompeuse  »EVRTHNG HD BN DN ». Dix-huit mois plus tard, elle a tout perdu : son argent, sa maison, ses repères. Dans une narration en apparence décousue, mais finement construite, elle revient sur les mois de cauchemar qu’elle a vécus : les souris, les fissures, l’odeur d’un animal mort dans les murs, les recours administratifs stériles. Et toujours cette avocate, assise à ses côtés, qui veille à ce qu’elle ne s’écarte pas trop du cadre  »légal » de son témoignage.

Ce que j’ai particulièrement aimé dans Crawlspace, c’est la relation directe que la comédienne Karine Richard entretient avec le public. Karine, seule en scène, ou presque, s’adresse à nous comme à des amis intimes ou à des témoins muets de sa descente aux enfers immobilière. Cette rupture du quatrième mur donne une dimension très vivante et engagée à la pièce : on est directement interpellés, invités à rire, mais surtout à réfléchir. Elle raconte, elle mime, et se déplace avec une grande agilité, ce qui rend la narration très dynamique.

L'expression de Karine Ricard, entre rire et désespoir, reflète le ton unique de Crawlspace. 
Source : Mathieu Taillardas

Un procédé comique un peu redondant

L’humour noir, omniprésent, fonctionne très bien pour dénoncer l’absurdité d’un système où le rêve de devenir propriétaire peut rapidement tourner au cauchemar. J’ai également apprécié les éléments visuels et sonores qui accompagnent la performance : projections, éclairages et ambiance sonore ont ajouté des couches de tension. Cependant, un aspect m’a un peu moins convaincue : le recours récurrent à de la vodka. La narratrice verse souvent de la vodka dans son verre pendant son récit; si l’idée de l’alcool comme refuge face à l’absurde ou au stress était sans doute pertinente au départ, elle devient rapidement un tic de mise en scène un peu répétitif à la longue. Cela affaiblit, à mon sens, l’impact émotionnel de la pièce.

En tant que spectatrice, vivre cette pièce d’une heure trente, c’est comme se retrouver coincée dans le sou – sol humide de cette maison infernale : on rit, certes, on compatit, mais à la fin on ressort en se demandant combien de personnes vivent ce genre d’anarque ? Et comment réagirions – nous à leur place ?

À lire aussi

  • Une interview exclusive avec Karine Richard, où elle parle de son processus créatif et de son rôle dans Crawlspace
  • Retour sur les meilleures productions à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins de ces dernières années

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