Anxiété, isolement, surcharge académique… La santé mentale des jeunes est en chute libre. La détresse psychologique étudiante ne date pas d’hier, et elle atteint aujourd’hui des sommets inquiétants. Psychologues et intervenants scolaires sonnent les alarmes.

Les écoles font de leur mieux pour soutenir les jeunes souffrant d’anxiété et de dépression, bien qu’elles n’ont pas toujours des ressources nécessaires
Source; Elora Chayer
Un cri du cœur dans les classes québécoises
La santé mentale des élèves n’a jamais été aussi fragile. Entre pressions scolaires, vie sociale instable et surcharge émotionnelle, les enfants et les adolescents naviguent dans un système qui peine à leur offrir un réel filet de sécurité. Pour Marc Hubert, technicien en éducation spécialisée (TES) depuis plus de 5 ans dans une école primaire de Gatineau, « les comportements qu’on voyait avant au secondaire, on les voit maintenant dès la 2e ou 3e année ».
Lui et ses collègues doivent composer avec des crises d’anxiété fréquentes, des élèves qui font des tentatives, et même certains qui expriment des idées noires. « Il y a des journées où je me demande comment ils tiennent debout », confie-t-il.
« L’école est souvent le seul endroit où les jeunes peuvent verbaliser leur mal. Mais il faut encore qu’on ait le temps de les écouter. »
– Marc Hubert, Technicien en education specialiser dans une ecole primaire a gatineau
Pourtant, les ressources ne suivent pas. Le ratio d’intervenants psychosociaux par élève reste insuffisant dans la majorité des établissements. Marc Hubert déplore : « On a des outils, mais pas assez de bras. Et les enfants paient le prix. »

Les jeunes ressentent de plus en plus d’anxiété à cause de la surcharge de travail
Source; Elora Chayer
Le poids invisible de la performance
Selon Daniel Charland, psychologue depuis plus de 30 ans, cette détresse est amplifiée par « la culture de la performance est omniprésente, même chez les plus jeunes ». Il affirme qu’il n’est pas rare de voir des enfants de 9 ou 10 ans arriver en consultation avec des symptômes de burnout.
« Il faut intégrer la santé mentale dans le quotidien scolaire, pas seulement intervenir quand ça va mal. Un climat sain, des profs formés, et des espaces de parole peuvent faire toute la différence. »
–Daniel Chartrand, psychologue depuis plus de 30 ans
« Ce qu’on voit, ce sont des enfants qui se sentent déjà inadéquats. Ils se comparent, se jugent sévèrement, et croient qu’ils doivent toujours être les meilleurs, explique-t-il. Quand ils échouent, ils pensent que c’est eux le problème. »
Le psychologue insiste sur l’importance d’une approche collective. « Il faut impliquer les parents, les enseignants, les directions et les décideurs. Ce n’est pas à l’élève de porter toute cette charge. »
Face à la grandeur du mal-être étudiant, les témoignages d’experts comme Marc Hubert et Daniel Charland sonnent l’alarme. Les écoles ne peuvent plus porter seules la responsabilité du bien-être mental des élèves. Si des gestes concrets ne sont pas posés rapidement — embauche de professionnels, formation du personnel, campagnes de sensibilisation —, c’est toute une génération qui risque de grandir avec des cicatrices invisibles.
Parce qu’au-delà des bulletins et des notes, c’est la santé émotionnelle des jeunes qu’il faut préserver. Il en va de leur avenir, et du nôtre.





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